MUSIQUE ELECTRONIQUE

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Jeff Mills (né en 1963) interprète « Planets »
avec l’Orchestre national du Capitole, Toulouse, 2022

 

I - Contexte historique de la musique électronique

A - La musique électronique en Europe aux origines

B - La musique Disco et son déclin

C - Origines de la house music

 

 

II - Eléments d’analyse de la musique électronique

A- Le timbre

B - Le rythme

C - La mélodie et l’harmonie

D - La forme

 

III - Jeff Mills: des platines aux pupitres

A - Light from the outside world (concert en 2012)

B - The man who wanted stars

C - The Bells

D - Amazon

E - Sonic Destroyer

 

IV - Jazzrausch Bigband : Quand la musique électronique devient

acoustique

A - Dancing Wittgenstein (Album, 2018)

B - Dancing Wittgenstein

C - I want to be a banana

D - I want to be a banana (Slatec Remix)

E – Subzero

I - CONTEXTE HISTORIQUE DE LA MUSIQUE ELECTRONIQUE

     

        A - La musique électronique en Europe aux origines

 

La musique électroacoustique « savante » et expérimentale: Elle voit le jour dans les milieux de la musique savante européenne avec notamment Karlheinz Stockhausen (1928-2007) et György Ligeti (1923-2006), lorsque ces pionniers cherchent à ouvrir les portes de nouvelles sonorités offertes par les sons électroniques. Au delà de l’expérience anecdotique d’Artikulation (1958) de Ligeti, explorant les timbres qu’offre l’électronique, on retiendra surtout Kontakte (1959-60) de Stockhausen pour sons électroniques, piano et percussions, œuvre dans laquelle l’intérêt de la pièce réside dans les «contacts» entre les sons  de la bande magnétique et les instruments acoustiques. «Le dialogue qui se produit entre les instrumentistes et la bande diffusée consiste moins en une superposition qu’en une recherche de coïncidence entre les événements.(…). Conçue à partir de 6 catégories instrumentales partagées entre sons et bruits, et correspondant chacune aux trois familles de percussions (métaux, peaux et bois), la partition confie au piano le rôle de lien entre ces catégories» Alain Poirier, dans le Guide de la musique de chambre, Fayard

 

      La musique électronique « populaire » avant la house et la techno: dans la musique populaire, c'est-à-dire dansante et issue de la chanson et des tubes commerciaux, on s’intéresse aussi à ces sons électroniques à partir des années 1970 : c’est de cette filiation que se revendique Jeff Mills. Marquée souvent par la danse, une atmosphère plutôt tonale et parfois quelques inventions mélodiques, ces musiques bénéficient d’un succès commercial certain à leur sortie. On retiendra les noms de Vangelis, Jean-Michel Jarre (albums Oxygène de 1976 et Equinoxe de 1978 vendus à plus de 15 millions d’exemplaires chacun) et des allemands Kraftwerk, Ashra Tempel, ou Tangerine dream. Dans les années 1990/2000, les musiques électroniques populaires se focalisent autour du célèbre duo français Daft Punk et se ramifient dans des courants très divers comme la Transe ou l’ambient.

 

 

B - La musique Disco et son déclin


La musique techno trouve sa source dans le déclin du mouvement disco des années 1977-80 (Stayin’ alive (Bee Gees, 1977), Don’t stop‘till you get enough (Michael Jackson, 1979), Born to be alive (Patrick Hernandez, 1979), I will survive (Gloria Gaynor, 1978), Can’t take my eyes off you (Frankie Valli, 1967), arrangement Disco  par Boys Town Gang, Sunny (Bobby Hebb, 1966), arrangement Disco par Boney M en 1976.
Le raz-de-marée qu’opère le disco sur la musique américaine durant la seconde moitié des années 1970 va cependant conduire à son rejet par une partie de la population, notamment celle qui se reconnaît dans la musique country, le rockabilly et les valeurs puritaines. Le 12 juillet 1979 avec la Disco Demolition Night au cours de laquelle seront détruits plusieurs milliers de disques de musique afro-américaine, tous genres confondus. Dès 1979, aussi bien le magazine Village Voice que le New York Times identifient les véritables raisons du déclin du disco : comme le résume Craig Werner (historien américain), « les attaques contre le disco ont donné un habit respectable aux pires genres inavoués de racisme, de sexisme et d’homophobie ». Sans nous appesantir davantage sur cet épisode funeste, encore aggravé par l’apparition du sida, il est incontournable de l’aborder si l’on souhaite comprendre pourquoi la musique électronique américaine ne trouvera jamais les faveurs de son pays natal et y restera cantonnée à des scènes locales.

 

 

 

C – Origines de la house music

 

Nouveaux claviers

 

Nouvelle génération de producteurs, majoritairement composée d’autodidactes qui vont s’emparer d’un nouvel instrumentarium électronique, techniquement intuitif et dont les tarifs se démocratisent progressivement. De nouveaux sons sont d’abord apportés par les claviers électriques tels que l’orgue Hammond (1935), les pianos électriques Rhodes (1946) et Wurlitzer (1954), ou le clavinet Hohner (1964). Ils sont bientôt supplantés par des claviers électroniques, c’est-à-dire les synthétiseurs, qui, comme les premiers ordinateurs du marché, peuvent coûter des dizaines de milliers de dollars, mais dont les tarifs vont rapidement s’effondrer. En devenant plus abordables, ces instruments trouvent toujours plus d’acquéreurs, ce qui accélère encore la propagation de leurs sonorités dans la musique populaire, comme par exemple le DX7 de Yamaha (1983)

 

 

La boîte à rythmes

 

Il en va de même pour les boîtes à rythmes dont l’histoire bascule en 1980 avec la TR-808, commercialisée par la firme japonaise Roland. Malgré ses défauts, cette boîte à rythmes sera littéralement fondatrice aussi bien du rap que de la house 5.

 

 

L’échantillonneur

 

Aux synthétiseurs et boîtes à rythmes s’ajoute l’immense nouveauté de l’échantillonneur, qui se démocratise à son tour en 1986 avec le S900 de la firme japonaise Akai. Notons que cet instrument se « limite » à apporter un pilotage numérique – et donc un gain immense en temps et en pénibilité – à des manipulations aussi anciennes que la bande magnétique elle même, qui dès sa création permettait de facto toute sorte d’opérations de découpage, collage, montage et duplication, démontrées notamment par la musique concrète. Si son usage n’est pas systématique, l’échantillonneur permet aux musiciens électroniques d’aborder les répertoires disco, soul et funk comme un vaste réservoir dans lequel piocher les boucles.

 

 

House music

 

Tenants ses origines dans la fin du Disco, originaire de Chicago, New-york et Detroit, la House music est un courant musical où un rythme minimal joué souvent par une boîte à rythmes, une ligne de basse proche du funk, des samples (échantillons) de voix ou d’instruments, une couleur électronique et faite pour la danse. L’Angleterre n’est pas en reste : exacerbé par la consommation d’ecstasy, l’engouement des jeunes Anglais pour la musique électronique prend l’ampleur d’un phénomène de société avec le (second) Summer of Love des étés 1988 et 1989 (le premier concernait la vague Hippie de 1969). Les clubs ne suffisent plus à contenir cette ferveur qui engendre le phénomène des raves, aussi massives qu’illégales, bientôt sévèrement réprimées par le gouvernement Thatcher des années 80. Les rave parties ont lieu en plein air à la campagne ou dans des sites industriels abandonnés. Plus institutionnalisée, cette musique donne lieu à l’officielle Love Parade de Berlin des années 1990-2010, ou de la Techno parade à Paris, depuis 1998.

 

La Techno: musique instrumentale

 

En tant que musique africaine-américaine, la techno comporte des éléments musicaux hérités de l’ensemble des genres musicaux qui l’ont précédée : blues, jazz, soul, funk et disco. Mais, au contraire de la majorité des autres musiques populaires occidentales, la spécificité la plus notable de la techno est d’être instrumentale.

 

 

II - ELEMENTS D’ANALYSE DE LA MUSIQUE ELECTRONIQUE

 

 

LE TIMBRE

 

Au sein de l’immense panel des outils électroniques, rares sont les instruments réellement identifiables, à l’exception notable des boîtes à rythmes TR-808 et TR-909. Ajoutons toute la limite de rendre compte à l’écrit, par une transcription ou par un schéma, d’un morceau électronique dont l’essence même réside dans les sons utilisés. Notons enfin la possibilité offerte par les traitements électroniques de procéder à des transformations graduelles des timbres, une opération difficilement transposable aux instruments acoustiques.

 

LE RYTHME

 

Une présence incontournable de la pulsation et de la sensation de danse, pour laquelle les boîtes à rythme ont toute leur importance. Plus que de simples métronomes améliorés, celles-ci sont par définition des synthétiseurs de sons percussifs, avec ce que cela implique dans le choix des sonorités produites.

 

LA MÉLODIE ET L’HARMONIE

 

La dimension mélodique d’un morceau techno ne répond à aucune convention autre que celle d’une recherche d’euphonie. Les différents motifs d’une composition semblent ainsi généralement issus les uns des autres, illustrant le caractère empirique du processus créatif à l’œuvre. La polyphonie plus ou moins complexe proposée par un morceau donné résulte ainsi moins d’une réflexion harmonique que contrapuntique ou, plus précisément, de la combinatoire de boucles relativement courtes. Quant au principe de boucle musicale, il est évidemment ancien. On pourrait citer les talea et color médiévales, les ostinatos baroques, le schéma harmonique classique de la première école de Vienne, ou la grille du blues. Comme le rap, la musique électronique se situe dans la continuité de la rupture systémique opérée par le funk en général, et James Brown en particulier, dont les compositions reposent souvent sur des motifs ne dépassant pas deux mesures. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Brown sera l’artiste le plus samplé par le rap, les breaks instrumentaux de ses morceaux offrant les fondations idéales sur lesquelles bâtir cette nouvelle esthétique.

 

 

LA FORME

 

La structure formelle de la musique électronique est induite par le principe d’enregistrement par «overdub». Une méthode qui consiste à ajouter des boucles à une piste déjà enregistrée, par prises successives: à l’aide d’un magnétophone quatre pistes, il s’agit d’enregistrer une première piste, puis la diffuser en l’enregistrant de nouveau mais accompagnée d’une seconde piste, puis rediffuser l’enregistrement de ces deux pistes pour les réenregistrer accompagnées d’une troisième, et ainsi de suite. En découle une construction par couches successives, généralement ajoutées ou soustraites selon une carrure de 4 ou 8 mesures, rarement plus ou moins, éventuellement par fondu.

 

Un certain nombre de stratégies peuvent cependant être mises en place par les compositeurs pour contourner plus ou moins consciemment la répéti- tion inhérente à la musique électronique. Parmi ces options, citons l’intégration d’une improvisation, mais aussi la transformation continue de certains motifs, parfois durant l’intégralité d’un morceau donné.